La crise que traverse le Parti socialiste trouve en grande partie ses origines dans la difficulté qu’il a d’exercer le pouvoir dans un contexte néolibéral au regard des attentes de sa base électorale, notamment en termes de régulation de l’économie. Le capital politique des acteurs de gauche en situation d’exercice du pouvoir tient alors à d’autres sources, notamment en termes d’image : « Un des moments forts de ce basculement de la vie publique a lieu en 1984. Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, un véritable « gourou de la communication » [Jacques Pilhan] intervient au plus haut niveau de l’Élysée […] François Mitterrand décide de confier son image à un gourou spécialiste de la pub à l’heure même où il proclame le tournant de la rigueur et capitule dans son combat pour réguler le capitalisme » [1] . Si le travail de communication autour de la personnalité de François Mitterrand a très certainement contribué à maintenir son capital politique, il ne faudrait pas surévaluer le « pouvoir » de la communication pour restaurer la légitimité de l’État. Les « échecs » de Lionel Jospin au tournant des années 2000 et plus récemment de François Hollande, à conserver leur capital politique, ne tiennent pas seulement, comme cela leur a été beaucoup reproché, à un problème de communication, mais à une incapacité à restaurer la confiance en la capacité d’un pouvoir de « gauche » à réguler l’économie, auquel le PS avait de fait renoncé depuis 1984 en s’adaptant aux normes néolibérales.
D’ailleurs, dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça, les passages les plus commentés dans la presse grand public ne sont pas ceux qui, à bien des égards, étaient les plus intéressants. A propos du discours du meeting du Bourget du 22 janvier 2012, pendant lequel le candidat François Hollande avait mobilisé un large électorat de gauche en promettant de lutter contre la finance (« mon ennemi, c’est la finance »), le Président élu François Hollande théorise sur une dialectique articulant la nécessité en campagne d’offrir un horizon qui suscite l’espoir et l’adhésion avec la nécessité de revenir à une pratique plus pragmatique du pouvoir à laquelle ramène la réalité économique et sociale induite par les forces sociales intérieures et extérieures à la Nation. Il défend ainsi son action en soulignant le réseau de contraintes dans lequel s’inscrit une politique économique entre le MEDEF, les syndicats, l’aile gauche du Parti socialiste, les institutions bancaires et européennes, sur fond de néolibéralisme qui implique un interventionnisme limité de l’État. A cet égard, les auteurs mettent en perspective le passage d’un article signé de l’économiste « professionnel » François Hollande, publié en 1986 : « La contrainte extérieure décide de tout […] Ce qu’il reste d’autonomie pour un gouvernement, ou de marge de manœuvre pour une politique économique, relève depuis 1983 de l’infiniment petit»[2]
[1] GORIUS Aurore & MOREAU Michaël (2011), Les gourous de la com’, Paris, Éditions La Découverte.
[2] DAVET Gérard & LHOMME Fabrice (2016), Un Président ne devrait pas dire ça. Les secrets d’un quinquennat. Paris, Stock.L’été précédent la sortie de livre, un autre ouvrage de « confidences » du Président François Hollande avec Karime Rissouli et Antonin André a été publié par les éditions Albin Michel sous le titre Conversations privées avec le président. Enfin, un an environ après la fin de son mandat, François Hollande a publié aux éditions Stock, Leçons du pouvoir.