Le capitalisme est avant tout un modèle… disons… générique, et dont les conséquences sur les inégalités sont avant tout liés à des choix que l’on fait (ou à ce qu’on laisse faire) en termes de gouvernance : la place laissée aux pouvoirs publics (ou prise par eux) pour réguler les marchés, au niveau national, européen et mondial, a son importance dans la façon dont le capitalisme a des effets sur nos sociétés . Il n’y a rien qui ne « s’impose » aux États; le capitalisme tel qu’il a évolué et tel qu’on le connaît aujourd’hui n’est pas le produit d’une évolution inéluctable, il est construit socialement et politiquement, et s’enracine sur un temps long. Les mouvements dits péjorativement « gauchistes »ou « gauchisants » ne prônent pas forcément la destruction du capitalisme mais un capitalisme plus régulé. Le fait de présenter leurs revendications comme « utopiques » (la mise en place d’un modèle « alternatif » ne serait pas viable) ou « dangereuses » (les pires dérives totalitaires ne sont pas loin) est une analyse intellectuellement trompeuse qui vise à discréditer ces mouvements et à justifier qu’on ne fasse pas rentrer dans le débat public les questions posées sur le « laisser faire » économique, sur la confiance parfois aveugle que l’on accorde à la « main invisible » du marché, sur l’échec des paradigmes économiques fondées sur le principe que l’ensemble de la société gagnera à privilégier les intérêts privés.
L’idée qui guide les choix éditoriaux de ce blog est que le capitalisme, dans sa forme néolibérale actuelle, n’a pas de légitimité en soi, que les modalités et les conditions de son adoption par une société donnée peuvent et doivent être sans cesse interrogées, débattues, appelées à se transformer si elles ne permettent pas (ou plus) de viser un principe qui le dépasse, la démocratie. Car évacuer tout débat sur la gouvernance des États dans un système néolibéral; faire courir le risque d’un sentiment de fatalisme qui interdit de réguler l’économie, de diminuer les inégalités sociales et d’anticiper les crises financières, fragilise les pouvoirs politiques démocratiques et donne aux virus d’extrême-droite un terrain favorable à leur prolifération.