Les outrances du libéralisme au travail : la souffrance infligée aux salariés et les questions que soulève le néo-management

Un des faits qui pousse à croire que le paradigme néo-libéral s’est bien imposé à notre système économique est le problème bien réel du « burn out ». Il ne s’agit pas seulement d’une « explosition » des cas liée à une faculté récente d’établir un diagnostic d’épuisement professionnel mais un risque inhérent à l’évolution des méthodes managériales (on parle de «  néo-management », plus très « néo » d’ailleurs[1]), adoptées pour rationnaliser au maximum les coûts et les moyens humains (faire toujours plus avec toujours moins), méthodes à côtés desquelles le taylorisme semble presque plus humain (cf. Travailler sans les autres de Danièle Linhart).

Pour entrer dans le sujet, on pourra commencer par un titre de la formidable collection des éditions Lombard « La petite bédéthèque des Savoirs » consacré au « burn-out » (texte de Danièle Linhart et dessins de Zoé Thouron, publié en 2019), par le documentaire « Dominium Mundi. L’empire du Management » de Caillat, Legendre et Bardet (2007), sur un texte de Pierre Legendre ou la série documentaire de Jean-Robert Viallet (2009) « La mise à mort du travail ».

De quoi vouloir se plonger dans des ouvrages plus poussés sur la question (ils ne manquent pas et les auteurs « sérieux » qui maîtrisent le sujet non plus !), en attendant qu’elle soit enfin considérée comme un problème public…

Mais aussi peut-être vous donneront-ils envie de rire avec David Snug, qui a sorti en 2020 une BD qui dénonce les absurdités du monde du travail et le droit de ne pas y adhérer : « Dépôt de bilan de compétences ». C’est aux éditions « Nada », avec une postface très sérieuse, bien écrite et passionnante d’un sociologue, Julien Bordier sur « la critique du travail. Mode d’emploi », avec des références à un autre genre de « classiques » comme Le Droit à la paresse de Paul Lafargue (1880) et « L’an 01 » de Gébé (1971)[2].

Après tout, le « néo-management » et ses conséquences sur notre santé mentale, pourrait avoir comme seul effet positif de discuter le travail en tant que principe moral (dans notre conscience) et valeur centrale (dans la société) censés nous construire comme individus…


[1] En 2005, Vincent de Gaulejac publiait déjà l’excellent La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social et, plus éloigné de nous encore (1999), Luc Boltanski et Eve Chiapello annonçaient en quelque sorte « la couleur » : dans Le Nouvel esprit du capitalisme. Entre autres (regardez par exemple l’œuvre de Christophe Dejours). Mais il semble cependant que le « phénomène » n’échappe plus à personne depuis plusieurs années : soit parce qu’ils en ont fait l’expérience eux-mêmes ou n’en ont pas été loin ; soit qu’ils l’ont éprouvé en étant « témoins », voire « victimes collatérales » (quand il s’agit de très proches qui sont touchés).

[2] « L’Association » a proposé une nouvelle édition sympa en 2014, avec en bonus le DVD du film adapté de la BD, réalisé par Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch (excusez du peu – et je ne vous parle pas du casting !) en 1972.

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