Pour se rappeler que la discrimination est avant tout une question sociale…

… je ne peux que suggérer un ouvrage que je viens de découvrir et de dévorer, pas très récent (2012, pour l’édition de poche Gallimard / Folio), mais toujours (hélas !) d’actualité, voire même prophétique. Il s’agit de Chronique de la discrimination ordinaire de Vincent Edin et Saïd Hammouche.

La première partie de l’ouvrage présente des « cas concrets » de discriminations ; forts utiles pour prendre conscience des formes qu’elle peut prendre et de la violence qu’elle représente, à plus forte raison pour les lecteurs et lectrices qui n’ont pas à s’inquiéter d’en être victimes.

La deuxième partie revient, de façon plus théorique sur des éléments de définition et de classification du processus discriminatoire et des représentations erronées sur lesquelles il s’appuie.  

La troisième partie, enfin, démontre avec force et pédagogie le lien entre discrimination et affaiblissement de la démocratie. Le chapitre IV, « Dépasser l’égalitarisme républicain pour refaire des égaux », est des plus éclairants. Il rappelle utilement, entre autres, que le sentiment de ne pas être traité comme un citoyen égal aux autres ne peut que favoriser le communautarisme ; que le problème de la discrimination n’est pas qu’une question « morale », mais également (et surtout) une question sociale, i.e qui interroge la faillite du modèle économique dominant à favoriser l’intégration de tous dans le modèle républicain : « […] La France a un problème avec son rapport à l’innovation. Notre fonctionnement très élitiste explique la difficulté d’expérimenter […] : nous reproduisons les mêmes élites avec les mêmes types de diplômes sans chercher à valoriser les démarches différentes. Ces élites comprennent la question de leur point de vue. Dès lors, rien d’étonnant à ce que nous ne soutenions pas des solutions économiques différentes » (p. 162-163).

En ce qui concerne la discrimination raciale, qui fait ici l’objet d’une attention plus particulière, l’analyse des auteurs souligne la conséquence mortifère d’une discrimination au quotidien : ceux qui la subissent ne croient plus à l’égalité des chances et à la République qui la promeut. Le lecteur ou la lectrice réalisera alors qu’en dissociant la question économique (inapte à favoriser une réelle égalité des chances) de celle de l’intégration, le champ est circonscrit à des débats sur des enjeux de civilisation, qui ont permis à l’extrême-droite de largement s’imposer dans le débat public et… dans les institutions politiques. C’était écrit au début des années 2010. Prophétique, je vous disais…

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