Les jeunes et la politique : une enquête qui devrait donner à réfléchir aux élus…

C’est dans un article de Ludovic Clerima paru dans le Siné mensuel n°112 de novembre 2021 que j’ai pris connaissance d’une enquête réalisée par la Fondation Jean-Jaurès et Ipsos sur les « fractures françaises » : (rapport disponible ici).

Les résultats sont lumineux : si les jeunes se détournent des partis et des élections, ce n’est pas par paresse intellectuelle, désintérêt au profit d’autres activités abêtissantes ou par manque de culture, mais parce qu’ils ont compris que les élus gouvernent dans un système qui limite leur marge d’action dans des domaines qu’ils considèrent eux, essentiels : l’environnement, la lutte contre les inégalités, la régulation économique.

D’ailleurs, politisés, ils le sont mais ils s’investissent pour des causes auxquelles ils tiennent en dehors du champ du politique ; en s’engageant au sein d’associations, plutôt au niveau local.

Et ils n’ont pas tort : le néolibéralisme qui domine les échanges mondiaux rend marginale et presque caduque toute tentative politique de contraindre le marché de s’adapter aux enjeux sociaux actuels, comme la lutte contre le réchauffement climatique ou l’accès aux biens et services pour tous – y compris les services publics, soumis à une rationalisation des dépenses imposée par le fonctionnement du système financier mondial.

Alors pendant que les élus traitent de ces questions en évacuant la dimension économique et en faisant peser davantage sur les citoyens la responsabilité des solutions aux problèmes posés et reconnus, la crise de confiance et de représentation s’accentue et profite clairement à renforcer les partis d’extrême-droite.

Car s’il y a des domaines qui relèvent du régalien et ne peuvent être « délégués » aux marchés, ce sont ceux de la sécurité et des migrations. Qui prennent alors toute la place dans les débats – la campagne pour la présidentielle 2022 est très révélatrice à cet égard. Et ça tombe bien : toujours selon l’enquête de la Fondation Jean Jaurès et d’Ipsos, ces thématiques sont au cœur des préoccupations des électrices et électeurs plus âgés qui, eux, continuent d’aller voter…

Il est plus simple de s’adresser à ces derniers plutôt que de redonner confiance et enthousiasme aux plus jeunes, qui ne partagent pas les convictions de leurs pairs qui se mobilisent autour des figures de la droite extrême. Surtout quand les acteurs politiques en quête de mandat n’ont aucune envie de changer les règles du jeu économique actuel… Pourtant, tout le monde y a à perdre, à part Emmanuel Macron : il n’y a qu’à voir la situation de LR et de sa candidate pour comprendre qu’à draguer les électeurs sensibles uniquement aux questions de sécurité et d’immigration dans une perspective nationaliste, on perd l’enthousiasme de ses sympathisants sans pour autant en susciter chez les citoyens sensibles aux thèses de l’extrême-droite…

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