Néolibéralisme et COVID 19 : faire le point avec F. Ruffin et B. Stiegler

En cette période de sempiternelle incertitude sur l’évolution sanitaire et de débats sur le « passe sanitaire », deux ouvrages peuvent intéresser ceux qui aimeraient faire un point, avec un peu de recul, sur la gestion de la crise en 2020. On trouvera dans Leur Folie, nos vies. La Bataille de l’après de François Ruffin (Éditions Liens qui libèrent), une analyse claire et concise des différentes décisions qui ont marqué l’action publique et politique liée à la COVID 19 en France, agrémentée d’entretiens et de témoignages, et d’une réflexion argumentée sur les conséquences des règles du néolibéralisme (et du fait que, pendant cette période, la priorité n’a pas toujours été donnée à la protection des citoyens). La lecture de l’ouvrage est également une très bonne occasion d’avoir un panorama des discours politiques qui ont ponctué chacune des séquences de la gestion de l’épidémie et de juger par soi-même des incohérences, des contradictions et des reniements qui ont marqué le positionnement de l’exécutif entre mars et la fin de l’année – mois pendant lesquels Emmanuel Macron est passé à des accents keynésiens (lui qui est le plus néolibéral des Présidents de la Vème République) remettant en cause la ligne et le système qu’ils défendaient jusqu’à présent à un discours responsabilisant les individus, culpabilisant et clivant.

On pourra lire ensuite le manifeste de la philosophe Barbara Stiegler : De la démocratie en pandémie (Éditions Gallimard, collection « tracts » ) qui offre matière à réfléchir sur la légitimité, même en situation d’épidémie, d’une politique autoritaire, qui fait appel à la répression pour se faire obéir, infantilisante et intrusive jusque dans la vie privée. Le genre de texte publié par la collection « tracts » peut laisser sur sa faim et parfois manquer de sources – mais on pourra alors se reporter sur des ouvrages plus conséquents de Stiegler.

Ces deux textes rappellent également, si besoin était, qu’un des problèmes majeurs que la COVID a soulevés, est le manque de moyens criant des hôpitaux, qui font l’objet depuis de nombreuses années (bien avant Emmanuel Macron, qui n’a rien fait pour endiguer le processus, au contraire) d’injonctions à rationaliser leurs dépenses, couper dans les budgets, fermer des lits, tout cela au nom de la sainte loi de réduction de la dette publique pour respecter les engagements pris auprès de l’Union Européenne. Des hôpitaux exsangues, donc, qui doivent encore affronter une nouvelle vague du virus, alors qu’au printemps 2021, 51 milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires du CAC 40… et que le patrimoine des milliardaires français a augmenté de 25% en 2020.

Il n’est jamais inutile de le souligner.  

Laisser un commentaire