Deux ouvrages, lus par hasard à la suite l’un de l’autre, me paraissent très complémentaires pour comprendre la violence sociale inhérente aux théories néolibérales.
D’abord, une bande-dessinée de Benoît Collombat et Damien Cuvillier publié en mars 2021 aux éditions Futuropolis : Le choix du chômage. De Pompidou à Macron, enquête sur les racines de la violence économique.

Autant ne pas le cacher, au néophyte qui n’a pas quelques bases sur les différentes théories économiques et quelques repères politiques, certaines pages pourront lui paraître obscures (mon billet sur « la petite perspective historique du capitalisme » publié dans la rubrique « à lire » pourrait aider : c’est ici). Ce qui ne l’empêchera pas de comprendre l’essentiel, à savoir comment les théories néolibérales sont devenues dominantes pour « penser » l’économie politique tant au niveau national, européen et mondial. Les auteurs retracent certaines périodes et événements clefs et les dessins de Cuvillier retranscrivent des entretiens menés auprès d’acteurs économiques et politiques, passés et présents, de premier plan ainsi que des universitaires qui réagissent à leurs propos et décryptent les réelles motivations de certaines décisions relatives à la construction européenne ou aux orientations politiques nationales. Comme l’indique le titre, on comprend ainsi que le chômage n’est pas la conséquence de facteurs externes mais bien un choix inhérent à la politique néolibérale.
Pour enrichir encore cette thématique de la violence sociale engendrée par le néolibéralisme, on pourra compléter cette lecture par celle du livre de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot publié en 2013 (il n’est jamais trop tard…) aux éditions la Découverte : La violence des riches. Chronique d’une immense casse sociale.

Les sociologues de la bourgeoisie livrent une analyse très forte sur, entre autres, la façon dont les citoyens ont peu à peu intériorisé les normes néolibérales et accepté la violence qu’elles engendraient ; l’impunité partielle dont jouit la délinquance des riches et l’impasse dans laquelle s’est engouffrée la gauche de François Hollande le tournant libéral de 1983 et qui a abouti à la désintégration récente du PS (cf. également mon billet sur la crise du parti socialiste dans la rubrique « à lire », ici).
Quelques autres thématiques abordées, dont les auteurs ne sont pas spécialistes, comme sur la question du rôle des médias, présentent des arguments moins solides et moins convaincants (comme dans Le Président des riches, un autre très bon ouvrage, plus ancien, sur la présidence de Nicolas Sarkozy). Il n’en reste pas moins que l’ouvrage offre un tableau réaliste de la société néolibérale au début du quinquennat de François Hollande, en s’appuyant sur des enquêtes et des observations rigoureuses, et qui reste hélas d’actualité, quoique certainement plus sombre aujourd’hui.